delai-de-livraisonC’est en avril 1952 que la botteleuse Claas a été commandée chez Dario à Toulouse par Jean Dedieu de Prat-Bonrepaux et son associé François de Peillou. Comment avaient-ils eu connaissance de l’existence de cette machine ? L’objectif était d’avoir un engin de gros gabarit capable d’engloutir du foin avec un rendement important. Le troupeau des gasconnes s’agrandissait vite et l’ère du foin en vrac s’étiolait. Il est fort probable que les voyageurs de commerce visitaient ardemment les fermes et proposaient les produits de l’industrie du machinisme en très fort développement.

Cette grosse machine, estampillée Gebruder Claas (frères Claas), grise de robe, étonnait par son volume, sa largeur, son poids (1400 kg), ses poulies, son long monte bottes et son fameux pick-up.

Tracteur, botteleuse, remorque constituaient un convoi exceptionnel hors du commun et remarquable. Des prés plats et assez grands étaient nécessaires pour œuvrer à l’aise ainsi que des andains réguliers pour éviter les bouchons.

Constitution du convoi de l’extrême.

Le Renault à essence R 3042 (à partir de 1955 ce sera le diesel R 7012) est requis pour la cause.
D’abord atteler, placer le cardan, accrocher la remorque. Le pick-up est alors en position route.
A l’arrivée au pré, il faut préparer le cirque ; position champ par la déviation du timon, mise en position basse du pick-up au moyen du treuil à chaîne, réglage du monte botte par rapport à la remorque, vérification de la ficelle et des noueurs. Au préalable la mécanique a été soigneusement graissée, la toile du convoyeur tendue mais sans plus. Oui sur cette extraordinaire industrie le convoyeur est une toile de lieuse et le fameux pick-up n’est pas à dents flexibles mais à dents rigides escamotables ! Ces deux détails ne sont pas anodins car ils seront source de bien des déconvenues.

Attention au départ !

Sur la remorque il y a deux commandos aguerris : des experts du chargement et très souples sur leurs jambes car le parcours est pavé de cahots et même en première le 3042 est presque trop rapide pour ce travail.

Le chauffeur monte par l’arrière sur le tracteur, il enclenche la première, la prise de force, donne du régime et embraye avec douceur. Pauvre embrayage, quelle souffrance ! Si tout va bien le foin est avalé goulûment et lorsque les premières bottes arrivent dans la remorque les chargeurs lui font signe pour lui indiquer si le poids des bottes est convenable. Le vacarme est étourdissant.

Le 3042, équipé du fameux “latéral 85” est fort occupé. Tracter et animer ce superbe convoi est époustouflant ; 3 à 4 tonnes à remorquer plus le mouvement de la prise de force. Les ingénieurs de la RNUR et de Claas avaient bien travaillé.

Tout se complique si un paquet de foin refuse obstinément de gravir le tapis.
A de moment là, la manœuvre relève d’une acrobatie périlleuse.
Première chose, débrayer (pas d’embrayage double effet sur les tracteurs à ce moment là), décrocher la vitesse, embrayer avec douceur pour relancer la prise de force, descendre avec une minutie d’équilibriste ( les cardans n’ont pas encore de protection) et avec la fourche (toujours rangée sur le relevage) faire avaler le bouchon récalcitrant par le pick-up aux abois.
Idem pour repartir. Ce travail était épuisant et recommençait lorsqu’il arrivait que des nœuds soient “loupés” malgré la grande fiabilité des noueurs Claas, longtemps l’emblème de la marque de Harsewinkel.

Lorsque la remorque était pleine, il fallait un sacré moment, puisque ces immenses barges étaient issues de châssis de camion (il y en avait trois à la ferme), elle était dételée et une vide prenait sa place si il y avait encore du foin à botteler.

En fin de chantier, la Claas restait en général au pré dans l’attente de la prochaine opération mais la toile du pick-up était systématiquement démontée et mise à l’abri pour ne pas qu’elle se mouille si un orage survenait. Ce noble tissu n’aimait pas du tout l’humidité et se tendait comme une peau de tambour si elle prenait l’eau.

La machine pouvait officier à poste fixe derrière la batteuse et était à ce moment là entraînée par une courroie. Son large pick-up en position semi haute dans cette circonstance avalait facilement la paille sans rechigner.

La publicité de l’époque est un tant soit peu naïve et idyllique car sur le chantier il y avait parfois loin de la coupe aux lèvres.

Le courrier de la maison Dario du 24 juin 1952 a du faire bondir les acheteurs étant donné qu’il y a fort à parier que les foins devaient être très avancés. Pour une saison de plus ils avaient du être faits en vrac avec le renfort des voisins. Colère et déception ! Rude époque et rude besogne !

En 1965 , après qu’un voisin soit venu presser la récolte avec sa presse Bamford, ce sera la B47 Mc-Cormick qui prendra le relais. L’époque des bottes s’éteint, les balles moyenne densité prennent le relais.

La célèbre et unique botteleuse de la région est reprise par les Ets Dijeaux et terminera sa brillante carrière dans les hauts fourneaux du recyclage.

Si quelqu’un en connaît une à l’abandon, faites signe s’il vous plaît à William Deering, il irait la chercher à Volgograd s’il le fallait !